Notre grande réalisation en 2014 : l’eau à Ampitanaka

Enfin de l’eau potable a Ampitanaka !

Les travaux de forage à Ampitanaka faits par une entreprise locale Lanoeforages ont commencé que le 8 juillet 2014 et ont été terminés le 1 septembre 2014.

Le forage est de 78m de profondeur avec un débit de 12m3 /heure. Il a atteint la nappe phréatique générale du plus grand fleuve de Madagascar, le Mangoky.

A la réception du rapport final de Lanoeforages, nous avons fait la commande du matériel nécessaire pour l’adduction d’eau auprès de l’entreprise locale Solarmad, (pompe, 10 panneaux solaires, 4 polytanks de 5m3, câbles et tuyaux, etc).

Le 14 octobre, Beby Ramanisa est partie pour Madagascar afin d’acheter sur place le reste de matériel nécessaire, organiser le voyage et le transport du matériel d’ Antananarivo à Ampitanaka. Il nous a fallu engager 2 transporteurs différents, un pour la ville et l’autre pour la brousse. Ce n’était pas facile d’obtenir des prix abordables et des transporteurs fiables car il y avait plusieurs intermédiaires qui essayaient de se faire de l’argent sur le dos des camionneurs !
B. Ramanisa a aussi fait faire des jetons plastifiés à utiliser comme tickets pour la vente de l’eau 20L/ 50 Ariary (02 ct).

Le 29 octobre, Dina, notre chef de projet et technicien, est parti en 4×4 pour Tuléar pour surveiller la réception et le transbordement des marchandises.

Le 1 novembre, nous sommes partis avec Jacques d’ IAS, à Ampitanaka en 4×4. Nous sommes arrivés la nuit à Ampitanaka et les villageois nous ont réservé un accueil très chaleureux.
Le lendemain, nous avons réuni les villageois en Assemblée Générale pour expliquer comment allaient se dérouler les travaux et pour organiser les équipes. Nous avons insisté sur la participation de tous, sur l’importance vitale de cette très onéreuse adduction d’eau pour le village et la région, et nous avons surtout mis l’accent sur l’entretien pour que cette installation soit pérenne. Nous avons fait part de la nécessité de créer un comité de gestion de l’eau en indiquant les critères requis pour le choix de ses membres.

Du 1 au 14 novembre, nous avons entrepris la mise en place de l’adduction d’eau électro-solaire.
C’était la saison sèche, le vieux puits était sec et les gens et nous-mêmes avions dû acheter l’eau très chère. Afin d’obtenir de l’eau et pour faciliter les travaux, on a mis en place rapidement les panneaux solaires et la pompe. Quelle ne fut la joie des villageois quand l’eau a surgi du tuyau ! Il fallait voir la bousculade, la lutte pour aligner les bidons car ils croyaient qu’il n’y aurait pas assez d’eau. Mais petit à petit, ils se sont calmés.

Le premier jour, nous avons distribué l’eau gratuitement mais dès le lendemain nous avons décidé de faire payer les villageois. Personne n’a protesté, au contraire, ils ont trouvé le prix dérisoire (20L/ 50 Ariary), comparé à ce qu’ils avaient payé auparavant (20L /1000 Ar = 35 ct).

Tout le monde a participé aux travaux : hommes, femmes et même les enfants (c’était les vacances de la Toussaint), pour transporter du sable, des caillasses, des pierres, le ciment, faire les tranchées, construire les 4 maisonnettes pour les compteurs, les robinets, les pompes, et le support pour les 4 citernes, chercher du bois dans la forêt pour faire les barrières, etc. Nous avons donné du « café » et un peu d’argent à tous ceux qui ont participé régulièrement aux travaux et des biscuits aux enfants. Les gens étaient contents car à cette époque, ils n’avaient pas d’activités qui rapportaient de l’argent. C’était la période de soudure et du « kere » (famine).

Tout a été installé, construit et connecté, panneaux, pompe solaire, citernes, tuyaux, câbles, les robinets, les maisonnettes: une borne-fontaine sur la place du marché et une autre en haut du village, près du dispensaire et de l’école. Nous avons fixé sur la maisonnette du marché un panneau sur lequel sont inscrits les noms de nos sponsors et quelques règlements à suivre. La collaboration entre IAS, ASDDG et les villageois a été un succès. 25 villages viennent chercher de l’eau à Ampitanaka.

Plus tard, des coopératives pour aménager des jardins potagers collectifs ont été créées. Chaque coopérative a reçu des arrosoirs, des plants d’arbres fruitiers, des graines à planter et aussi 8 tickets d’eau par jour pour l’arrosage.

Un « dina » a été établi (pacte en malgache) pour que tout le monde soit responsable des installations et les surveille, ils doivent aussi dénoncer celui qui les détériore. Le coupable devra payer une lourde amende (traditionnellement la dénonciation est interdite dans ce village).

Suivant la tradition malgache, une cérémonie pour l’inauguration de l’eau a été organisée : discours, demande de bénédiction aux ancêtres et au zanahary (dieu), sacrifice d’un zébu, repas commun et danse avec un orchestre local toute la nuit ! Le zébu a été payé en partie par l’argent de l’eau et par les 25 villages des alentours qui viennent chercher de l’eau à Ampitanaka, au moins 26 000 personnes. Bien entendu, nous avons aussi participé aux frais. La fête a été belle et sans incident (car quelquefois il y a des bagarres) !

Après le départ de Jacques, nous sommes encore restés quelques jours à Ampitanaka pour installer le panneau, les portes en fer sur les maisonnettes, faire mettre des barrières vives autour des pompes et surtout pour voir comment fonctionne la gestion de l’eau.

Le Comité de gestion est formé d’un vieux sage (qui a fait ses preuves en tant que trésorier de la Caisse Populaire), d’un instituteur, d’une institutrice et de 4 femmes
( honnêtes et volontaires). Pour garder l’argent, nous avons aussi installé un coffre-fort scellé dans la maison du trésorier. Les « mpanaramaso » (surveillants) sont formés par 8 hommes (les vieux notables et sages du village) et les releveurs des compteurs par 2 personnes, le vice-président du village et un jeune garçon très alerte et fiable.
Chaque responsable de l’eau reçoit un petit salaire par mois selon l’importance de son travail.

Les 3 compteurs doivent être relevés chaque soir et les chiffres inscrits dans un cahier. Les recettes et les tickets sont comptés chaque soir. L’argent est remis au trésorier et au secrétaire et celui-ci l’inscrit dans un cahier. A la fin de chaque mois, après avoir enlevé les salaires, le comité devra envoyer le reste de l’argent par Mvola (genre de Western Union malgache) à un numéro de compte de ASDDA.

Enfin, les spéculateurs de l’eau ont sûrement disparu et devront sans doute trouver d’autres sources de revenus ! Tant les gens comme les animaux peuvent assouvir leur soif et besoin d’eau quotidien en eau potable. Les conditions sanitaires et l’hygiène se sont améliorées Les femmes ne doivent plus faire des kilomètres pour chercher de l’eau et l’argent dépensé pour acheter de l’eau peut servir pour améliorer leur vie.
En conclusion, nous sommes très attentifs à la pérennité de ce projet coûteux et à l’amélioration des conditions de vie du villageois d’Ampitanaka et des villages des alentours. Nous voudrions aussi par la formation et nos suivis réguliers que petit à petit, les villageois s’approprient le projet et soient autonomes tant dans la gestion comme la maintenance et non dépendre de nous éternellement.
En effet, pour nous une véritable aide au développement durable, c’est rendre les gens autonomes. Notre philosophie ce n’est pas « donner un poisson ni une canne à pêche à un affamé et il ne mourra pas de faim » sinon « apprends-lui à fabriquer une canne à pêche et il sera vraiment indépendant et ne mourra plus de faim ».

De retour dans la capitale, nous avons organisé une petite conférence de presse pour faire part de nos réalisations, quelques journalistes et la télévision malgache y ont participé et nous avons eu droit à quelques articles dans la presse écrite et quelques minutes à la télévision.

Le 10 décembre Beby Ramanisa est rentrée en Suisse.

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